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Interview de Jackie Berger, la voix des petits garçons

Esteban dans Les Mystérieuses Cités d’Or, Jeanne Hazuki dans Jeanne et Serge, Alois Trancy dans Black Butler mais aussi Arnold dans Arnold et Willy, Demi-Lune dans Indiana Jones et le Temple Maudit, Ricky Stratton dans Ricky ou la belle vie, Le Dalaï Lama dans 7 ans au Tibet. Tous ces titres ont un point commun. Vous ne voyez pas ? C’est normal ça ne se voit pas, ça s’entend. Tous ces personnages ont été doublés par Jackie Berger, une comédienne de doublage qu’on ne présente plus, tant sa voxographie est impressionnante. Spécialisée dans les doublages des voix de petits garçons, Jackie s’est prêtée au jeu des questions-réponses.

 

 

Japanbar : Quand et comment avez-vous débuté le métier de comédienne de doublage ?

Jackie Berger : J’ai commencé en Belgique puisque je suis belge, je faisais du théâtre là bas. Un jour, une amie qui était dans le métier du doublage m’a proposé de l’accompagner dans un studio où on cherchait une voix pour chanter le générique français de Fifi Brindacier. Je m’y suis essayée et ils ont gardé ma voix. C’est comme ça que j’ai commencé.

 

Japanbar : Vous aviez quel âge ?

Jackie Berger : J’avais à peu près 21 ans.

 

Japanbar : Aviez-vous une autre profession en-tête à cette époque-là ?

Jackie Berger : Non, à cette époque-là je ne faisais rien du tout. Je vivais avec quelqu’un qui avait de l’argent et je ne travaillais pas. Je m’ennuyais et une amie de ce monsieur (qui était plus âgé que moi) m’a dit un jour « mais pourquoi ne vas-tu pas t’inscrire dans un cours de théâtre ? Avec la petite gueule que t’as, tu pourrais faire quelque chose ». J’avais toujours rêvé d’être comédienne sans compter mes parents qui me le répétaient tout le temps quand j’étais petite. Mais je ne m’étais jamais autorisée à croire que ça pourrait m’arriver. Et quand cette personne m’a dit ça, je suis allée au cours et j’ai adoré. Trois mois plus tard, je passai un essai dans le théâtre des Galeries, très connu à Bruxelles. Ils cherchaient une comédienne pour tenir le rôle d’une petite fille de 14 ans dans une pièce d’Agatha Christie. L’essai concluant, j’ai été engagée. Après, j’ai eu des critiques incroyables dans les journaux alors que je ne m’y attendais pas. Du coup, j’ai été engagée dans d’autres théâtres et j’ai travaillé comme ça, jusqu’à partir avec le papa de ma fille aux Antilles. J’ai tout arrêté pendant deux ans. Puis, au lieu de retourner à Bruxelles, je suis venue à Paris pour faire du doublage car nous manquions d’argent et c’était une solution rapide pour en gagner.

 

Japanbar : C’est donc à cet instant que vous vous êtes dit que vous étiez destinée pour ce métier ?

Jackie Berger : Non, je voulais refaire du théâtre. Et du reste, lorsque je suis arrivée, Michel Fagadau montait une pièce que j’avais jouée en Belgique où j’avais un rôle très important de jeune femme. J’avais eu de très bonnes critiques. J’avais réussi à obtenir un rendez-vous avec lui et quand je suis allée le voir, je me suis présentée en jean comme je suis dans la vie mais dans la pièce, le personnage est en robe du soir. Et quand il m’a vu arriver, il m’a dit que je ne correspondais pas au personnage sans me faire passer d’essai. Je me suis alors dit que je ne ferai pas de théâtre en France car ils sont trop cons. Je trouvais ça tellement stupide de juger une comédienne sur la façon de s’habiller sans me donner la chance de pouvoir m’exprimer. Je lutte depuis très longtemps contre l’injustice. C’est la raison pour laquelle ma fille s’appelle Justine.

 

Japanbar : Votre voxographie est impressionnante. Quelle série vous a laissé le meilleur souvenir ?

Jackie Berger : Je pense que c’était Arnold et Willy, car j’avais une très grande tendresse pour Philippe Dumas, qui faisait la voix de Monsieur Drumond et qui est décédé il y a quelques années. C’était un homme extraordinaire, très intelligent, très humble, excellent comédien ; enfin tout ce que j’aime chez les gens de manière générale. Nous avions vraiment formé une famille avec Thierry Bourdon qui faisait mon grand frère Willy, et Céline Monsarrat qui faisait la voix de ma grande sœur Kimberly (ndlr : Virginia Drummond). Nous sommes toujours restés amis malgré la disparition de Philippe Dumas. Je pense que c’est le meilleur souvenir que je garde aussi parce qu’on a doublé beaucoup d’épisodes et que nous étions tout le temps ensemble, comme une famille. Il y avait une très bonne ambiance.

 

Japanbar : Quelles difficultés rencontrez-vous régulièrement sur les plateaux de doublage ?

Jackie Berger : Je n’en vois pas trop. Si, quelque fois, ce qui m’énerve, c’est que nous sommes dirigés par des gens où je pense pouvoir faire mieux qu’eux. j’ai du mal à supporter quand on n’accepte pas que le comédien veuille refaire sa prise et qu’on lui dise « c’est bon ça passe ». Pour moi c’est toujours de l’injustice. Mais personnellement, ça ne m’arrive pas très souvent.

 

Japanbar : Petite, regardiez-vous des dessins animés ?

Jackie Berger : Eh  bien, il n’y en avait pas beaucoup. J’ai 62 ans, même si à la voix, je ne les fais pas, quand j’étais petite, c’était la télévision en noir et blanc et il n’y avait pas de dessins animés. Il y avait bien des Disney, mais au cinéma.

 

Japanbar : Et aujourd’hui, en regardez-vous ?

Jackie Berger : Pas du tout et je regarde de moins en moins la télévision. Je préfère acheter des DVD et regarder de bons films car je trouve qu’il n’y a pas grand-chose qui passe, hormis quelques séries comme Desperate Housewives et Nurse Jackie. D’ailleurs, j’adore le personnage principal de cette dernière, qui est très bien doublé d’ailleurs, par Anne Jolivet dont on ne parle pas assez.

 

Japanbar : Votre fille a-t-elle regardé les séries que vous aviez doublées et qu’en disait-elle ?

Jackie Berger : Elle n’a pas trop regardé ce que j’ai doublé car c’était un peu difficile pour elle de regarder une série animée avec un personnage qui avait la voix de sa maman. Elle n’aimait pas trop ça et elle disait : « Mais t’es pas un petit garçon, t’es une maman ». Ça la troublait un peu et encore aujourd’hui quand je plaisante, je prends une voix et je fais parler notre chien : « Maman ?! Maman j’ai faim ». Et elle me répond : « Arrête maman, t’es ridicule ». Elle ne supporte pas trop de m’entendre faire des voix de petits garçons.

 

« J’aurai bien aimé faire

le rôle de Bree Van de Kamp »

 

Japanbar : En réécoutant votre voix, êtes-vous plutôt du genre critique ou sentimentaliste ?

Jackie Berger : Je suis très très critique. Par contre je me surprends quelque fois à pleurer sur des séries que j’ai doublé. Mais ce n’est pas ma voix, je pense que c’est le petit garçon qui me rend ainsi, comme par exemple Kramer contre Kramer. Il y a des choses que j’ai doublées il y a longtemps et quand je les regarde maintenant, je me dis que je suis mauvaise, que c’est forcé. Je me rends d’ailleurs compte que je force beaucoup moins ma voix qu’autrefois.

 

Japanbar : Quelle série ou personnage auriez-vous aimé doubler ?

Jackie Berger : J’aurai aimé doubler des femmes.

 

Japanbar : Comme dans Desperate Housewives par exemple ?

Jackie Berger : Oh j’aurai bien aimé faire le rôle de Bree Van de Kamp. Je pense que c’est un personnage tout à fait pour moi. Mais le regret que j’ai dans ma petite carrière, c’est qu’on ne m’ait pas donné la chance de doubler des femmes. J’ai quand même doublé Liv Tyler dans son premier film Beauté volée de Bertolucci, et Reese Witherspoon dans un film d'épouvante intitulé Fear. Très curieusement, comme elle a été doublée par d’autres comédiennes, je voulais l’écouter et mettre un extrait de Fear sur Facebook, et je me suis aperçue qu’ils avaient remplacé ma voix. Ça a été redoublé alors je me dis que j’étais peut-être très mauvaise et que ma voix ne collait pas du tout.

 

Japanbar : Dernièrement, vous aspiriez à reprendre votre rôle d’Esteban dans la suite des Mystérieuses Cités d’Or. Que s’est-il passé pour que TF1 (qui produira la série) décide de changer le casting ?

Jackie Berger : D’abord, j’aspirais à rien du tout, je n’ai rien demandé. Depuis longtemps, on m’a dit qu’une suite allait avoir lieu. J’ai été invitée à deux festivals pour les Cités d’Or et pour moi, il était évident que je reprenne mon rôle. Des essais ont été passés pour voir si les voix des trois protagonistes n’avaient pas vieillies. Le réalisateur a trouvé que ma voix collait parfaitement, qu’elle avait à peine vieillie… Disons un poil plus grave que ce que j’avais fait sur les premiers épisodes. Car on s’est basé sur le premier épisode, et non le dernier, ce qui aurait été plus logique pour raccorder avec la suite.

Disons que tout ce qui a été fait pour la suite des Mystérieuses Cités d’Or, notamment le casting, c’était n’importe quoi. Les gens qui nous ont convoqués et la personne qui nous a fait passer les essais n’avaient jamais vu la série… Au départ, je ne pense pas que ça parte d’un mauvais sentiment, le grand coupable, c’est TF1. La personne qui m’a appelé savait que j’avais doublé un personnage de la série mais ne savait pas lequel. Il ne savait rien. Je trouve que, pour une série aussi mythique grâce à l’âme que nous avons apportée dans la série, c’est très léger de prendre des gens peu renseignés pour faire la suite d’une série culte.

Au final, TF1, qui a investi le projet, a décidé de changer l’ensemble de la distribution suite à des voix qui avaient effectivement vieilli. Pour la mienne, ils ont hésité longtemps d’après le chef du casting d’où le temps d’attente pour la réponse qui au final, s’est avérée négative. Pour eux, ma voix n’avait peut-être pas changé mais qu’en serait-il dans six ans, la durée de la série.

Japanbar : Si l’on vous proposait un rôle clin d’œil, accepteriez-vous ?

Jackies Berger : (en souriant) C’est ce qu’on m’a proposé. Un très gentil garçon de la production, en qui je ne vois que de la maladresse et non de la méchanceté, m’a dit : « Il n’est pas impossible qu’on fasse pas appel à vous pour un petit rôle en guise de clin d’œil ». J’ai trouvé ça tellement énorme que je n’ai pas pu répondre. Comment peut-on avoir l’indélicatesse de dire ça ?

 

Japanbar : Une suite à Jeanne & Serge dev(r)ait également voir le jour. Seriez-vous prête à reprendre du service dans le rôle de Jeanne Hazuki si on vous le proposait ?

Jackie Berger : Oui bien sûr, c’est une série culte aussi. Ce serait impensable de ne pas nous reprendre, Thierry Bourdon dans le rôle de Serge et moi-même. D’ailleurs pour les Cités d’Or, nous avons décidé de la rebaptiser les Mystérieuses Cités Plaqué Or.

 

Japanbar : Quels sont vos projets en cours et à venir ?

Jackie Berger : Je suis sur une série totalement inintéressante depuis des années qui s’appelle Des jours et des vies mais qui constitue mon fond de commerce. J’ai aussi doublé dans les Feux de l’Amour et heureusement, mon personnage est parti vivre au Canada avec sa mère. En tout cas, c’est une rentrée d’argent car il est vrai que j’ai peu doublé sur des projets importants ces dernières années. Intermittent du spectacle, ça veut dire avoir des cachets pour toucher les Assedic. Ma foi, je vais faire mes cachets pratiquement tous les mardis sur un personnage qui a d’ailleurs grandi et pour lequel on ne devrait pas tarder à me remplacer car ils vont estimer que je ne pourrai plus le doubler. C’est aussi ça le revers de la médaille car quand on double un enfant, celui-ci finit par grandir en muant. Ça m’est arrivé sur Ricky Schroder que j’ai doublé dans Ricky ou la belle vie, dans The Champ (Le Champion) de Zeffirelli, dans Le Petit Lord Fauntleroy et après, il a grandi.

Si j’avais doublé des filles, ça aurait fait comme pour une amie qui est sur les Feux de l’Amour depuis quinze ans. Elle a commencé à doubler une petite fille devenue une femme. La comédienne qu’elle doublait a quitté la série pour aller sur une autre. Elle a donc gardé son rôle sur les Feux de l’Amour bien que la comédienne ait changé, et sur la nouvelle série américaine. Elle travaille pratiquement tous les jours de la semaine

 

Japanbar : Moins présente sur l’arrière scène, est-ce pour vous adonner à vos loisirs ?

Jackie Berger : J’ai une grande passion, c’est la musique baroque, j’en écoute énormément. Je suis membre du centre de musique baroque de Versailles où j’assiste à des concerts, je fais de la déco, je lis beaucoup, je ne m’ennuie pas.

 

Japanbar : Merci pour nous avoir accorder de votre temps pour cette interview. Et bonne continuation.

Jackie Berger : C’est moi qui vous remercie.

 

Jacky Berger, posant entre deux doublages de Black Butler

 
 
 
 

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