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Interview de Thomas Guitard

Avant de découvrir notre dossier sur la post-synchronisation, voici une interview d'un des directeurs artistiques du moment mais également comédien de doublage, Thomas Guitard. Après avoir longtemps été à la présidence de l’association GotohWan, il a passé le cap puis est devenu professionnel. Nous retiendrons ses prestations sur de nombreuses séries dont les voix de Jordan dans Oban Star-Racers, Tetsuya Wakatsuki dans Outlanders et bien d'autres encore. Nous comptons aussi dans son parcours des versions françaises réussies telles Tales of Phantasia ou plus récemment Mobile Suit Gundam 00 et Gurren Lagann. C'est avec plaisir que Thomas Guitard a répondu à nos quelques questions pour en savoir plus sur le métier de directeur artistique.

 

Japanbar : A quoi ressemble une journée type pour vous ?
Thomas Guitard : Et bien c’est très variable puisque j’ai plusieurs activités. Cela peut être une journée qui débute à 9h pour terminer vers 19h-23h quand je fais de la direction artistique de doublage. Mais lorsque je travaille uniquement en tant que comédien de doublage pour des séries ou en tant que voix-off, les journées sont souvent moins longues. Quand je réalise mon émission pour la chaîne Nolife j’enchaîne souvent les nuits blanches...

Japanbar : Décrivez-nous le rôle d’un directeur de plateau ?
Thomas Guitard : Le directeur de plateau, parfois appelé directeur artistique, est responsable de la qualité de l’interprétation et du synchronisme d’un doublage. Il doit faire sa distribution (son casting) avec soin en choisissant les comédiens les plus adaptés aux personnages qu’ils interprètent. En fonction des dates établies par le chargé de production, il doit appeler les comédiens et réaliser le planning des journées d’enregistrement. En amont, il doit regarder le programme et si le budget le permet, faire des vérifications des dialogues avec l’adaptateur de doublage. Une fois le jour de l’enregistrement arrivé, il dirige les comédiens à la manière d’un metteur en scène afin qu’ils puissent comprendre rapidement leur rôle et les situations proposées. Le dernier rôle du chef de plateau est de permettre aux comédiens qui débutent dans cette partie du métier de passer un essai afin de leur laisser une chance. Pour des questions de délais serrés, il n’est malheureusement pas toujours possible de proposer des essais à des personnes qui assistent aux plateaux.

Japanbar : Comment êtes-vous arrivé à ce poste ?
Thomas Guitard : Au départ, par obligation, j’ai commencé avec l’association GotohWan et il fallait quelqu’un à ce poste pour nos réalisations. J’ai beaucoup co-dirigé avec Damien Da Silva, puis plus tard, j’ai souhaité diriger seul pour que le résultat soit plus proche de mon goût personnel. En effet, en tant qu’amateur d’animation japonaise, j’avais une vision bien précise de ce que je souhaitais entendre dans un doublage français d’anime.

Japanbar : Quelles sont les qualités requises pour ce poste ?
Thomas Guitard : Savoir mettre les gens à l’aise, avoir de l’endurance et de la diplomatie. Les comédiens donnent le meilleur d’eux-mêmes lorsqu’ils se sentent bien sur le plateau de doublage. Il faut donc essayer de créer une ambiance de travail agréable pour obtenir les meilleurs résultats.

Japanbar : Comment sont sélectionnés les comédiens de doublage ?
Thomas Guitard : La plupart du temps les comédiens se connaissent par contacts communs. Mais il arrive régulièrement de nouveaux comédiens qui viennent passer des essais pour s’insérer dans cette branche. Si l’essai est concluant, le directeur de plateau est libre ou non de rappeler la personne afin de lui proposer un rôle. Pour la sélection au sens «casting» sur des rôles principaux, il y a des essais de voix qui sont effectués puis validés ou non par le client.

Japanbar : Quelle méthode adoptez-vous pour la phase d’enregistrement ?
Thomas Guitard : Il n’y a pas de méthode particulière, à priori, tous les studios travaillent de la même manière. On regarde la V.O une fois ou deux sur une boucle (1 boucle = 1 scène de plus ou moins 1 minute) puis on enregistre. Ensuite on fait une nouvelle prise si la première n’est pas concluante et on réécoute le travail effectué. Quand une boucle est validée, on passe à la suivante.

Japanbar : Directeur de plateau, mais avez-vous d’autres casquettes ?
Thomas Guitard : Oui, comédien dans le registre de la voix ainsi que réalisateur de l’émission Hall of Shame qui passe sur la chaîne Nolife. Parfois je fais du mixage pour dépanner et je donne des cours de piano.

Japanbar : Comment caractériseriez-vous l'ambiance qui règne sur les plateaux que vous dirigez ?
Thomas Guitard : Sympathique mais studieuse.

Japanbar : Quel jugement portez-vous sur la qualité des doublages actuels ?
Thomas Guitard : Je n’ai pas d’avis particulier sur la question, je me concentre plutôt sur mon travail. Globalement, la chute des ventes de DVD entraîne une baisse des budgets de doublage et cela se ressent sûrement sur la qualité finale.

Japanbar : Et par rapport aux films ou séries américaines ?
Thomas Guitard : La grande différence est le temps et l’argent. Le public français qui regarde les animes est bien plus restreint que celui qui visionne les séries américaines ou les films cinéma. Les budgets sont donc bien plus faibles et le temps qui y est accordé également. J’essaye toutefois d’avoir le maximum de temps pour travailler afin d’obtenir la meilleure qualité possible, mais cela peut occasionner des soucis de délais, c’est très frustrant lorsqu’on est pointilleux.
 

En pleine interview pour Nolife sur Gurren Lagann.


Japanbar : Pour quelle série gardez-vous particulièrement des bons souvenirs ?
Thomas Guitard : Gurren Lagann était un projet exaltant qui s’est fait dans la douleur. Nous étions tous épuisés à la fin des sessions d’enregistrement, mais j’en garde un très bon souvenir. Si on met à part l’anime japonais, la série Wakfu est vraiment gratifiante pour tous les gens qui y participent. Nous faisons de la création de voix, nous créons la V.O à chaque enregistrement et c’est cette version qui sera utilisée en référence dans tous les pays du monde. De plus, on peut insuffler à nos personnages un peu plus d’originalité car nous n’avons pas un modèle pré-établi à suivre. J’ai également un excellent souvenir du doublage du film live «Les trois singes» de Nuri Bilge Ceylan où j’interprète l’un des personnages principaux. C’est un très beau film qui a gagné le prix de la mise en scène à Cannes 2008.

Japanbar : Pensez-vous un jour créer un nouveau studio de doublage ?
Thomas Guitard : Je n’en ressens pas le besoin actuellement. Je trouve que le métier de directeur artistique est déjà bien assez compliqué et responsabilisant comme ça.

Japanbar : Quels sont vos projets actuels et futurs ?
Thomas Guitard : Je vais reprendre mon émission Hall of Shame fin 2009 sur la chaîne Nolife. Sinon je vais continuer mon activité dans le doublage. J’aimerais également créer plus de liens entre les personnes qui travaillent dans le doublage et le public. Mon métier est ma passion et j’aime le faire partager, j’invite les personnes qui souhaitent en discuter à me contacter par MSN : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .

 
 
 
 

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